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 La femme de Seisaku par Genjirô Yoshida


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« On consentit en peu de jours au mariage de Seisaku et d’Okané.
Heisuké, naïvement, colportait la nouvelle avec fierté.

L’été venu, les passereaux commençaient à hurler aux roseaux de la plage.
Le village voyait Seisaku et Okané travailler ensemble dans les champs. Contre la méchante attente des villageois, Seisaku sortait toujours aux champs à l’aube, et continuait à battre la cloche.
Les villageois s’étonnèrent aussi de la métamorphose d’Okané : elle, qui s’était fardée de mille poudres et avait porté des robes somptueuses, devint femme de paysan, aussi forte et travailleuse que son mari.

À la saison où les arbres rougissent, où les épis ondaient sur la plage, la famille de Seisaku eut plus de cinq ou six mille mètres carrés de champs de riz et un ou deux mille de champs de thé. Le village, toujours médisant, disait qu’il les avait achetés avec l’argent d’Okané. Le jeune ménage avait aussi renforcé la maison d’Okané et y habitait avec Heisuké.
Quelque temps après, Okané fit une fausse couche.
Les villageois ne le surent pas.
La mère et la sœur de Seisaku étaient, comme cela peut arriver aux beaux-parents, jalouses et quelque peu méchantes envers Okané ; elles supportaient mal les rumeurs sifflantes qui couraient au village. L’un leur dit qu’il avait vu Seisaku aux champs de mûriers, assis intimement à côté d’Okané sur une natte, l’autre raconta qu’il l’avait vu, caressant l’épaule de sa femme. Après le travail aux champs, Okané poussait souvent son mari à passer chez sa mère.
Elle était toutefois très triste quand elle était séparée de son mari, même peu de temps.
Elle l’attendait alors, debout, devant le fourré de bambous.
Elle, ne pouvait vivre sans lui, elle ne pouvait rester sans lui, surtout les longues nuits de pluie.
Maintenant, Seisaku restait silencieux pendant les réunions du village, il cherchait quelqu’un pour le remplacer.
Parfois, Okané disait.
— J’ignore si c’est aussi le cas pour l’homme… mais, la femme, elle, ne peut, de toute sa vie, connaître qu’un seul véritable amour……
Parfois, pour le surprendre, Okané attendait qu’il rentre à la maison, et s’élançait de la porte sombre à ses bras.
Le matin, les villageois trouvaient souvent Okané et le vieux chien à côté de Seisaku battant la cloche.
— Elle a moins de valeur, la cloche !
— La renarde a bouffé l’âme de Seisaku !
Plus les villageois haïssaient sa femme, plus Seisaku la trouvait touchante et l’aimait.
Okané se révélait être une jeune femme fière et obstinée. De temps à autre, quand les flots bourdonnants du village lui parvenait, elle se jetait à terre devant Seisaku. Alors, hurlante, se tordant de rage.
— Toi aussi tu me trahiras ! Je le sais ! Un jour, tout comme les autres, tu m’abandonneras… Je reste à jamais seule au monde, seule et incomprise…

Souvent, comme pour attiser sa haine, sa belle mère lui lançait.
— Tu as l’esprit tordu… C’est pourquoi tout le monde te hait. »





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