L'auteur

Proudhon par Georges Sorel


Georges Sorel (1847 — 1922)

Lettre autobiographique de Georges Sorel à A. Lanzillo du 20 février 1910.

“ Ma biographie tient en quelques lignes : je suis né à Cherbourg, le 2 novembre 1847; j’ai fait mes études au collège de cette ville, sauf un an que j’ai passé au college Rollin, à Paris; j’ai été à l’École polytechnique de 1865 à 1867.

En 1892, j’ai laissé le service des Ponts et Chaussées sitôt que j’ai pu le faire honorablement, c’est-à-dire quand j’eus été décoré (la Légion d’honneur est un brevet de loyaux services pour tous les fonctionnaires d’un certain rang) et nommé ingénieur en chef. J’aurais pu demander la faveur (qu’on accorde à tous les fonctionnaires des Ponts et Chaussées) de rester en congé illimité, ce qui m’aurait permis de conserver mes droits à la retraite, mais vraiment j’ai préféré ne pas demander de faveurs à personne et j’ai donné ma démission.

Deux de mes livres (Saggi di critica et Réflexions sur la violence) sont dédiés à ma femme; je veux dire que ma femme fait partie de mon existence d’écrivain socialiste: elle a été pour moi une vraie compagne, toujours pleine de courage et d’honneur. Je l’ai perdue en 1897 et dès lors je peux dire que j’ai travaillé pour élever un monument philosophique digne de sa mémoire; son souvenir me soutient aux heures de découragement.

C’est en pensant a elle que j’ai écrit les phrases suivantes dans un article sur Rousseau :

“Heureux l’homme qui a rencontré la femme dévouée, énergique et fière de son amour, qui saura toujours lui rendre présente sa jeunesse, qui empêchera son âme de plier et saura lui rappeler à tout moment les devoirs de sa condition et peut-être lui révéler son génie ! C’est ainsi que notre vie intellectuelle dépend en grande partie du hasard d’une rencontre. Pour comprendre Rousseau, il faut songer à son union... Le choix de la compagne est un des actes où se manifeste le mieux la psychologie profonde d’un homme.”


Depuis sa mort, j’ai vécu à la campagne, avec un de ses neveux, qui est marié et père de famille.

En 1895-1897, j’ai beaucoup travaillé au Devenir social que j’avais fondé avec Lafargue, Deville et Alfred Bonnet ; je faisais bien un tiers de la revue en articles et comptes rendus. J’ai été administrateur de l’École des Hautes Études Sociales qui avait été fondée sous la présidence de Duclaus. J’ai quitté ces fonctions en 1906, parce qu’il m’apparaissait dangereux pour cet établissement que son administrateur publiât les Réflexions sur la violence ; cette école est, en effet, subventionnée par l’État. J’avais aidé Lagardelle de ma collaboration quand il fonda le Mouvement socialiste, en 1899 ; mais je laissai subitement cette revue quand j’y aperçus des jeunes gens qui s’agitaient seulement pour se faire remarquer. J’en suis resté longtemps éloigné, jusqu’à ce que Lagardelle parût vouloir adopter une ligne de conduite sérieuse et, en 1906, j’ai repris ma collaboration au Mouvement tandis que je publiais dans votre Devenir la première édition des Considérations sur la violence, je supposais que Lagardelle considérerait la portée des thèses que j’exposais en Italie et suivant la voie que j’indiquais, mais il n’a pas osé le faire, entouré qu’il était par des jeunes gens ambitieux et sans grands scrupules. Ils le persuadèrent de se présenter aux congrès comme chef d’un prétendu groupe syndicaliste. Grâce à cette union, ces politiciens prirent de l’importance auprès des chefs de la Confédération du travail et peut-être ont-ils été pour beaucoup dans la détermination de la crise de l’organisation ouvrière en France. A la fin de 1905, je m’aperçus qu’il y avait autour de Lagardelle bien des politiciens qui désiraient que moi et Berth leur laissions le champ libre. Nous partîmes, en rompant tous rapports avec ce groupe.”

Sorel eu le grand mérite de n'appartenir à personne.







Nous contacter   ▪   Plan du site   ▪   Mentions Légales