L'ouvrage (1892)

Proudhon par Georges Sorel



À partir de 1892 (date de son départ des Ponts et Chaussées), son but reste celui de la création d’un modèle social intransigeant et implacable. Or, grand lecteur de Proudhon et de Nietzsche, il réussit à allier « l’anarchisme » du premier à la « violence » du second. En effet, l’édification de la métaphysique syndicale de Sorel trouve ses origines dans une certaine interprétation historique qu’il doit à Marx, mais surtout, et en grande partie, à Proudhon. Sorel montre dans le texte publié ici, l’importance, dans l’œuvre de Proudhon, de la doctrine des contradictions économiques et des conséquences qu’en tirait alors l’auteur anarchiste quant à l’éducation nécessaire des ouvriers. Il montre aussi que Proudhon, sans accepter la doctrine marxiste des classes, a pu écrire « qu’une grande nation moderne fournit une représentation de tous les âges de l’humanité » dans chacun des groupes sociaux. C’est dans la notion claire et simple de « lutte des classes » que le syndicalisme enfermé dans le socialisme a trouvé, selon lui, sa porte de sortie.

« Mon ambition est de pouvoir éveiller parfois des vocations. Il y a probablement dans l’âme de tout homme un foyer métaphysique qui demeure caché sous la cendre et qui est d’autant plus menacé de s’éteindre que l’esprit a reçu aveuglément une plus grande mesure de doctrines toutes faites ; l’évocateur est celui qui secoue les cendres et qui fait jaillir la flamme. Je ne crois pas me vanter sans raison en disant que j’ai quelquefois réussi à provoquer l’esprit d’invention chez des lecteurs ; or, c’est l’esprit d’invention qu’il faut surtout susciter dans le monde. Obtenir ce résultat vaut mieux que recueillir l’approbation banale des gens qui répètent des formules ou qui asservissent leur pensée dans des disputes d’école ».

Lettre à Daniel Halévy
15 juillet 1907





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