L'ouvrage (1917)
La lecture des néo-kantiens découle de sa précoce découvre d'A. Schopenhauer à l'age de 18 ans (1898) et de celle de F. Nietzsche a 19 ans.
A. Biély affirmera très tôt, dès 1903, "(...) qu'il est nécessaire de suivre A. Schopenhauer et chercher "l'issue" hors des limites de la raison et hors du désespoir (...) hors de la "prison bleue" du phénomène"
Lorsqu'il se pencha sur les écrits de F. Nietzsche, l'un des tout premier rapport qu'il entretînt avec sa pensée fut celui de la tragédie et du drame ainsi que celui du mythe de l'éternel retour qui devint par la suite son thème de prédilection*.
Biely estimait que le drame en lui-même représentait la lutte et la victoire sur le destin. Si, selon lui, nous n'arrivons pas à accepter cette victoire dans un drame, il n'est alors pas une tragédie. Le drame contiendrait donc les manuvres préparatoires à la bataille à venir contre le destin.
C'est la pensée Nietzschéenne qui l'a mis sur cette voie, plus que celle de Wagner, dont les écrits L'uvre d'art de l'avenir et Opéra et drame, publiés entre 1849 et 1860 avaient été traduits en Russie, respectivement, dès 1898 et 1906. Il faut d'ailleurs préciser que la plupart des chefs de file du Symbolisme lisent alors Wagner dans le texte**; Biély tout particulièrement.
Ainsi, selon Biely, Nietzsche a pu voir dans les drames musicaux de Wagner une lutte réelle pour libérer l'humanité.
Cependant, Biely reproche à Nietzsche d'avoir "canoniser" la scène aux dépens de la forme dramatique elle même: "(...) une monstruosité: un appel à la vie depuis la scène s'est transformé en un appel à la vie sur scène***."
Nietzsche aurait, selon lui, oublié que la vie elle-même, et non le moment de l'action dramatique deviendrait le véritable moment de l'explosion.
Selon lui, Zarathoustra est né sur la scène bien que par la suite il descendit de celle-ci et se confronta à la vrai vie.
A. Biély pense donc finalement que Nietzsche n'a fait que saluer le drame musical, symbole d'un évènement, comme l'événement lui-même.
Il n'aurait rien fait d'autre que de se créer une idole (ce qui peut d'ailleurs sembler bien paradoxal).
Cela justifierait le fait qu'il ait décidé de renier la musique de Wagner ainsi que sa Naissance de la tragédie****.
Ainsi, pour A. Biély, F. Nietzsche permettait un retour vers la foi (Là encore, il s'agit d'un paradoxe récurrent en Russie que d'utiliser la pensée Nietzschéenne, ou plutôt certaines bribes, afin d'opérer une synthèse religieuse et l'élaboration d'une nouvelle culture religieuse)
Cependant, un tel retour vers la foi ne pouvait se faire que par l'esthétique Nietzschéenne.
Il livra son Friedrich Nietzsche aux griffes de la revue symboliste « moscovite » Vesy (fondée en 1904 par Brioussov et Baltrusaïtis).
«Alors, on agit de manière fort simple et résolue. En contournant et en excluant les contradictions (tout Nietzsche est, en apparence, une contradiction), en ne s'efforçant pas de découvrir le fondement de ces contradictions, ou bien en le découvrant au mauvais endroit, on rabote purement et simplement Nietzsche : et l'arbre branchu de son système nous regarde comme une planche plane ; ensuite, on fait tout et n'importe quoi de cette planche : ou bien on la jette, ou bien on la brûle, ou bien on l'adapte à ses besoins domestiques, ou bien on impose l'adoration de l'idole de bois ; le nietzschéisme de bois, la lutte de bois contre Nietzsche, voilà ce qui nous attend sur le chemin auquel nous conviait Nietzsche. Ainsi agissent tous les idéologues, tous les vulgarisateurs »
ANDREÏ BIéLY** Dès 1911, quatre volumes des mémoires, lettres et journaux sont traduits et publiés à Moscou sous le titre Ma vie.
*** Le théâtre et le drame moderne (Teatr i sovremennaja drama), Saint-Petersbourg, Sipovnik, 1908.
**** N'oublions pas que le titre allemand est: Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik. (La naissance de la tragédie enfantée par l'esprit de la musique)





