L'auteur
Georg Brandes (1842-1927)
Au cours des années 1870-1880, un nouvel esprit souffle au Danemark. Dans beaucoup de domaines, l’idéalisme chrétien cède temporairement le pas devant le positivisme triomphant. L’animateur et le chef incontesté de ce puissant mouvement fut le grand critique Georg Brandes (de son vrai nom Morris Cohen). Parmi ses nombreux écrits :
«... éclate comme une bombe une série de conférences faites à partir de novembre 1870, sur le thème Les grands courants de la littérature européenne du XIXe siècle. Il va en résulter un bouleversement inouï et sans équivalent ailleurs en Europe, qui fera basculer tout soudainement les lettres du Nord dans la modernité. En vérité, je ne vois pas de manifestation littéraire, où et quand que ce soit, qui puisse se flatter d’un pareil retentissement. Ces conférences seront progressivement publiées entre 1872 et 1890 et elles demeurent dignes d’être lues, et sont réellement exemplaires. »
Régis BOYER
Considéré comme le père de la littérature comparée, Brandes est élevé dans un milieu juif non orthodoxe. Il passe sa maîtrise de droit et de philosophie puis obtient son doctorat en 1870 après avoir soutenu sa thèse sur « L’Esthétique Française contemporaine » au sein de laquelle il abandonne le point de vue hégélien au profit des idées de Taine. Mais ses idées sont trop radicales pour son pays et il s’exile à Berlin dès 1877 car l’université lui propose alors une chaire (ce que se refusa de faire Copenhague jusqu’en 1902). C’est à cette époque qu’il découvre Nietzsche.
Il sera d’ailleurs le premier à donner des conférences sur lui de son vivant.
On le sait, Nietzsche n’est absolument pas connu, ni même lu, dans son propre pays. C’est G. Brandes et O. Hansson (dont le Friedrich Nietzsche est publié en même temps et dans la même collection) qui vont le révéler aux Allemands et par la suite aux Scandinaves.
« En voilà une surprise ! Où donc avez-vous trouvé le courage d’oser parler en public d’un vir obscurissimus ! Pensez-vous peut-être que je sois connu dans ma chère patrie ? On m’y traite comme si j’étais quelque chose d’étrange et d’absurde, quelque chose que l’on a pour l’instant pas besoin de prendre au sérieux. »
Lettre de Nietzsche à Brandes (10 avril 1888)
« Sic incipit gloria mundi » * écrit Nietzsche, fou de joie, à son ami Deussen le 3 mai 1888 lorsqu’il apprend que Brandes fait salle comble lors de ses allocutions sur lui et sa pensée.
Ses critiques et portraits furent, par ailleurs, une véritable révélation pour de jeunes écrivains tels que Jacobsen, Herman Bang et Strindberg. Sa prose est animée de mouvement et de vie ; son style porte la marque d’un tempérament vif. Il est impossible de rester indifférent devant son verbe. Aujourd’hui comme hier il divisera.
Première lettre de Nietzsche à Brandes (2 décembre 1887) :
« L’expression “radicalisme aristocratique” que vous utilisez est très bonne. C’est, si vous le permettez, la plus intelligente que j’ai lue jusqu’à présent à mon sujet ».
Dernière lettre de Nietzsche à Brandes 4 janvier 1889) :
« À l’ami Georg
Après m’avoir découvert, ce n’était pas un exploit de me trouver. La difficulté est maintenant de me perdre... »
Le Crucifié
* Ainsi commence la gloire du monde.





