L'auteur

Stirner et Nietzsche par Ola Hansson


Ola Hansson (1860-1925)

Les années 1880 se sont imposées de façon notable contre le « lyrisme », et ont élevé la « prose » au plus haut rang. On ne se plaçait pas seulement contre le suranné, que l’on considérait reposer sur la création poétique elle-même, mais la critique, elle-même, était dirigée contre le sentimentalisme et la musique qu’exige ce « lyrisme ». L’expression canonique de cette frilosité fut donnée par Strindberg, dans son avant-propos aux Poèmes (Dikter, 1883).

De ce point de vue, Ola Hansson reste la grande et seule exception. Non seulement parce qu’il a composé des œuvres véritablement lyriques, houleuses et intérieures, mais aussi et surtout parce qu’il était, dans sa nature profonde, un interprète du « Sentiment ». Et c’est grâce à lui que, dans les années 1880, déferle toute une succession d’émotions enfin libérées... qui vont, hélas, s’échouer sur les récifs des sévères modèles en place. Hansson deviendra alors un étranger de la vie littéraire suédoise (comme G. Brandes) et il passera la plus grande partie de sa vie à l’étranger. Après 1890, il n’eut plus aucun lectorat dans son pays natal. Plusieurs de ses livres furent d’ailleurs publiés en suédois plusieurs années après qu’ils aient été écrits et publiés en allemand.

Nous n’avons pas peur d’affirmer qu’Ola Hansson est dans la lignée européenne la plus importante de notre littérature. Il est plus proche de Bourget que de Geijerstam ; plus proche de Verlaine et Verhaeren que de Heidenstam et Levertin. En se plaçant à l’écart de la littérature « officielle », et en devenant étranger et incompris, il établit la base d’un groupe d’opposition du sud de la Suède, qui prit une grande importance pour la littérature du XXe siècle. À la fin des années 1880 (date de l’écriture de son Friedrich Nietzsche), l’incompréhension et le rejet dont il fit l’objet de la part des acteurs de la vie littéraire suédoise le plongea dans une sorte de mélancolie et de noir désespoir. Après la rédaction de cet essai, il s’installa avec son épouse à Berlin, (automne 1891). Son foyer, dès lors, devint une sorte de creuset littéraire, un lieu de rencontre important pour les jeunes poètes scandinaves et allemands. Strindberg vécu un temps chez lui ; puis apparurent Hauptmann, Dehmel, Dauthendey et Bruno Wille.

Ce fut avant tout grâce à ses article de « critique littéraire » (tout comme G. Brandes dont nous avons publié le Nietzsche inédit dans la même collection) qu’il se fit un nom en Allemagne.











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