L'ouvrage (1890)
Lorsqu’il découvre Friedrich Nietzsche, Ola Hansson se détourne alors du genre angoissé et fatigué dans lequel on l’a fait plonger, pour suivre celui du penseur allemand (alors complètement inconnu) qui se caractérise comme véritablement triomphateur. Dans une lettre adressée à Viktor Rydberg, d’ailleurs, il reconnaît à Nietzsche son pouvoir de l’avoir libéré de la mélancolie et du désespoir dans lequel il était en train de sombrer.
Il voit en lui « un prophète visionnaire » qui a « un pied dans le passé grisonnant et l’autre dans le sombre devenir ». Selon lui encore, ses attributs de connaissance n’ont rien à voir avec la raison et la froide analyse, mais bien plutôt, se servent de l’intuition qui, inconsciemment, mûrit jusqu’à son achèvement... puis éclôt. Ce principe romantique qui voit en l’artiste un prophète correspond directement aux idées symbolistes de l’époque. Ce fut d’ailleurs pour Hansson, le point de départ d’un profond changement dans sa technique de versification.
Dans cet essai qui date de 1890, il esquisse la vie et l’œuvre du penseur allemand et le célèbre en grande partie par le biais d’une langue que nous pourrions qualifier de « pathético-hymnique ». Il faut bien avoir à l’esprit que personne encore n’avait parlé de Nietzsche à cette époque. Il s’agit donc bien d’une offre que fait Hansson aux lecteurs.
Hansson fut le premier (avec Brandes) à reconnaître l’importance de Nietzsche et à tenter par le biais de cet essai de décrire sa pensée. C’est un témoignage plus que précoce d’une réception nietzschéenne (naturelle) qui est présenté ici ; regard malheureusement altéré depuis plusieurs décennies par le débat idéologique.
« Auprès de ces deux maîtres, nous pouvons apprendre à devenir “inactuels”, à réaliser notre éducation contre notre propre temps. Ils sont les grands et bons exemples, non pas seulement dans leurs œuvres, mais aussi dans la vie. Ils possèdent l’honnêteté, dépourvue de mauvaises considérations ; ils ont la gaieté du vainqueur. Ils ont hardiment dirigé leur poitrine contre le temps ; ils ont parcouru le désert sans craindre la solitude. Ils sont les puissants qui sont sortis victorieux de tous les dangers. Ils ont échappé à l’ankylose morale et intellectuelle ; ne se sont pas laissés pétrir dans ce moule qui pour les personnes cultivées d’aujourd’hui constitue la seule chose convenable ; ils ont présenté en eux-mêmes l’exemple pour l’espèce humaine de demain. Ils étaient les authentiques individualités culturelles, par rapport aux innombrables petits prophètes de “l’éducation” – ce veau en or, autour duquel les contemporains dansent – l’idole que les petits-bourgeois ont soutenus dans son Saint des Saints et devant lequel la plèbe courbe l’échine. »
Ola Hansson





